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L'action internationale
Les crises oubliées

Le Burkina Faso, un pays en proie à de multiples crises

Dans un pays où le système de santé est déjà mis à rude épreuve et où l’insécurité règne, l’impact du Coronavirus se fait d’autant plus ressentir. Hier se tenait la journée mondiale de l’aide humanitaire. Aujourd'hui, la Croix-Rouge de Belgique saisit l'occasion de mettre en lumière la réalité à laquelle font face les Burkinabés.

personnes déplacées internes

réfugiés

personnes gravement touchées par la perte des terres agricoles

La crise du Coronavirus et son impact au Burkina Faso

Tandis que les premières personnes atteintes par le Coronavirus ont été enregistrées en Europe en début d’année 2020, au Burkina Faso, les premiers cas positifs sont apparus dès le mois de mars. À ce jour, 10 régions sur les 13 et 27 districts sanitaires sur 70 sont touchés par l’épidémie. On recense 1.238 cas confirmés, dont 430 femmes et 808 hommes et 54 personnes décédées. Parmi les décès notifiés, 63% des personnes étaient âgées de 60 ans et plus. Quant à la prise en charge des cas, 23 patients sont actuellement hospitalisés et au total, 1.005 patients sont guéris. Comparativement à d’autres pays impactés, les données relatives aux personnes infectées par le virus paraissent faibles. Cela s’explique notamment pas des capacités de dépistage limitées au sein du pays, mêlées de la mise en application rapide des mesures de mitigation décidées par l’Etat et relayées par la Croix-Rouge du Burkina Faso.

Ce n’est pas tant la pandémie en tant que telle qui est le plus à redouter, mais davantage les conséquences relatives aux mesures et restrictions dans un environnement déjà très complexe. Les difficultés sont en effet multiples, à la progression de la maladie et le risque de contamination, s’ajoutent les failles du système de santé et la faible capacité de prise en charge des malades, comparativement à notre système de soins de santé dont la capacité est supérieure, en particulier s’il y a explosion du nombre de cas graves. Le Burkina Faso fait également face à de nombreux problèmes logistiques liés à la pandémie, citons la suspension des vols internationaux, la rupture des chaines d’approvisionnement ou encore la pénurie de matériel médical. Sans oublier un contexte sanitaire marqué par la crise du Coronavirus lequel risque d’augmenter les contraintes quant à l’accès des ONG aux populations vulnérables.

La crise sanitaire provoquée par le COVID-19 a amené le gouvernement à prendre des mesures pour endiguer la pandémie, lesquelles ne sont pas sans conséquences sur la vie des populations concernées, tant au niveau local que régional. Les autorités ont ainsi imposé un couvre-feu sur l’ensemble du territoire, décrété l’état d’urgence sanitaire, interdit les rassemblements de plus de cinquante personnes, et fermé les frontières de même que les marchés, les écoles et les lieux de culte. Le maintien fermé des frontières a de lourdes répercussions et entraîne la paupérisation des éleveurs et de leurs familles, aggravant les risques de crises alimentaire et nutritionnelle de communautés entières. Du fait de leur fermeture prolongée, les marchés à bétail transfrontaliers disparaissent, faisant place à une crise socio-économique sans précédent.

L’apparition de la pandémie de COVID-19 a réduit les déplacements au strict nécessaire, dont l’une des conséquences principales est l’arrêt durable de la transhumance transfrontalière, ce qui priverait de nombreux ménages de leurs moyens de subsistance. Les communautés sont dès lors exposées à de sérieux risques tels que le retour de la famine et l’encouragement de la population à un exode urbain massif.

Un pays en proie à d’autres crises et difficultés

La dégradation du contexte sécuritaire

La crise sanitaire intervient dans un contexte déjà fortement marqué par l’insécurité présente dans le pays. Depuis 2012,  la région du Sahel est entraînée dans une spirale de violence, attribuée à différents groupes armés dont les attaques sont particulièrement violentes dans le Nord et l’Est du pays, forçant les populations à fuir. On note une recrudescence des attaques armées durant les six premiers mois de 2020, faisant état de 3.424 personnes tuées. En raison de ces troubles intérieurs qui affectent la population, une augmentation du rythme des déplacements fut enregistrée durant l’année 2019. Aujourd’hui on dénombre 978.744 personnes déplacées internes et 21.368 réfugiés, forcés d’abandonner leurs champs. Ces populations, dont une majorité dépend de l’agriculture, se retrouvent ainsi privées de leurs moyens d’existence.

Une crise sanitaire qui frapperait les sites de déplacés risque d’être catastrophique car les personnes sont en situation de vulnérabilité et les conditions de vie y sont déjà extrêmement précaires. Avec un accès réduit à l’eau, il devient impossible de se laver fréquemment les mains ou de respecter la distanciation physique préconisée.

A cela s’ajoute la difficulté d’accès par les équipes de la Croix-Rouge à certaines zones en raison de la dégradation de la situation sécuritaire. Bien que l’on puisse supposer que cet isolement protège d’une certaine manière les populations d’être touchées par le Coronavirus, elles ne demeurent pas moins coupées des infrastructures de santé et ne pourraient s’y rendre pour bénéficier des soins médicaux en cas de contamination ou pour toutes les autres pathologies. De plus, les enfants n’ont plus accès aux campagnes de vaccination et autre politique préventive menée par l’Etat afin de lutter contre d’autres maladies, citons pour exemple la rougeole et la méningite.

L’insécurité alimentaire dans le contexte de Covid-19

D’une part, la partie nord du Burkina Faso se situe dans une zone aride, où sécheresses et inondations s’alternent au fil des saisons. Les chocs climatiques à répétition fragilisent l’agriculture et l’élevage, les deux moyens d’existence principaux de la population. A cause de la diminution sévère des surfaces cultivées en 2019, on estime à 240.000 le nombre de personnes gravement touchées par la perte des terres agricoles. D’autre part, l’ensemble des 29 provinces forment des zones où la situation de la malnutrition aiguë est habituellement inquiétante, en particulier entre les mois d’août et de novembre, lesquels correspondent à la période de soudure, qui s’étend de juillet à septembre. La crise sanitaire est dès lors susceptible de gravement porter atteinte à la sécurité alimentaire et nutritionnelle des communautés burkinabées.

La Croix-Rouge du Burkina Faso présente sur tous les fronts

Présente depuis le début de la crise, la Croix-Rouge du Burkina Faso a dû s’adapter à l’évolution de la pandémie. Afin d’assurer une gestion efficace de la crise, elle a initié des actions urgentes pour lutter contre le COVID-19 en contribuant à l’application des mesures d’urgences et barrières des plans de riposte. Les actions de la Croix-Rouge burkinabé portent d’une part sur la coordination avec le Ministère de la santé concernant la contribution de la société nationale de la Croix-Rouge en matière de lutte contre le COVID-19.

D’autre part, sur le renforcement des compétences des équipes: au total, 200 nouveaux volontaires ont été formés sur le COVID-19 afin d’assurer le suivi des contacts et la bonne mise en œuvre de la communication en situation de crise, incluant la sensibilisation, la collecte des rumeurs ainsi que la déconstruction des ‘fake news’. Les activités de sensibilisation par porte à porte ont permis de toucher 90.561 personnes dans 26 villes.

De plus, la Croix-Rouge a assuré la gestion du centre d’appel COVID-19, mobilisant 34 volontaires pour 10 postes téléphoniques, travaillant en rotation 24h/24 pour la réception d’appels et la gestion des alertes. Les équipes sont placées sous la supervision d’un médecin volontaire, également responsable du centre d’appel. En vue d’appuyer ce travail de communication, 9 émissions interactives sont diffusées dans 5 villes, de même que la Croix-Rouge participe à 3 plateaux d’échanges radiophoniques. Le recours aux réseaux sociaux a permis de renforcer de façon non négligeable la sensibilisation.

Ce volet communication s’avère essentiel, car la confiance des communautés locales est indispensable pour vaincre la pandémie.

Précisons que la gestion de la pandémie par la Croix-Rouge du Burkina Faso s’est ajoutée aux activités de réponse humanitaire déjà mises en œuvre dans la cadre de la crise des personnes déplacées, lesquelles n’ont jamais cessé. Tout en respectant les nouvelles consignes mises en place, les équipes, dont les volontaires ont repris leurs activités dès le mois d’avril. De cette manière, une assistance est apportée aux personnes affectées par les conflits, à savoir les ménages déplacés au sein du pays et les communautés hôtes les plus vulnérables. Cette assistance se traduit par une aide alimentaire au travers de la distribution de coupons de commodités qui leur donnent accès à des vivres via des commerçants locaux, ainsi que par le rétablissement des moyens d’existence grâce à des activités génératrices de revenus. S’ajoute à cela des actions menées afin de maintenir et renforcer l’accès aux services de santé et permettent aux communautés de bénéficier de soins de qualité, mais également de lutter contre la malnutrition à travers une approche communautaire.

Croix-Rouge de Belgique, en soutien de la Croix-Rouge du Burkina Faso

La Croix-Rouge de Belgique soutient son partenaire au Burkina Faso dans ses activités de préparation, de prévention et de réponse au Covid-19. Ce partenariat se traduit au travers de l’achat des équipements pour la protection des équipes des projets, l’organisation de sensibilisations vis-à-vis des bénéficiaires avec des campagnes radio qui expliquent les risques et les méthodes pour prévenir la contamination. Ce soutien est mené tout en veillant à ce que les projets de réponse humanitaire puissent être maintenus malgré la crise sanitaire, citons les activités de distributions de bien de premières nécessités dont les personnes déplacées ont bénéficié et des distributions de coupons échangeables auprès de commerçants contre des rations alimentaires pour ces mêmes déplacés mais également pour les ménages très pauvres des villages d’accueil.

La Croix-Rouge de Belgique a notamment accompagné son partenaire burkinabé sur place, auprès des bailleurs de fonds afin qu’il puisse mobiliser lui-même les ressources nécessaires à l’exécution de son plan de réponse. La Croix-Rouge du Burkina Faso a de cette manière obtenu un soutien financier de la part de la délégation de l’Union européenne pour la coopération internationale et de développement (DEVCO). En tant que partie prenante à cet accord, la Croix-Rouge de Belgique a quant à elle appuyé la Croix-Rouge burkinabé dans la gestion administrative du contrat.

Une situation qui demeure incertaine

Le Burkina Faso est un pays déjà fragilisé et éprouvé par de multiples crises et conflits. Un nombre croissant de personnes déplacées chaque jour, des conflits persistants, les pertes de terres agricoles et l’insécurité alimentaire récurrente liée aux spécificités climatiques, le Burkina Faso est en proie à une crise sans précédent. La pandémie venant s’ajouter aux autres crises qui frappent le pays est susceptible de dégrader durement et durablement la sécurité alimentaire et nutritionnelle de la population.

Rares sont les pays qui ne sont pas frappés de plein fouet par la crise du coronavirus et l’évolution de la pandémie ne permet aucunement d’anticiper un retour à la normale. Les conséquences de cette crise sur le moyen et long terme sont encore inconnues mais pourraient cependant avoir un impact majeur sur la santé et la mortalité de ces populations déjà vulnérables.